Le gouvernement a lancé une campagne de prévention, mercredi 17 septembre, en exhortant les Français à appeler le 119 avec son slogan : « signalez les violences faites aux enfants ». 

Sur le papier, rien de plus évident, rien de plus consensuel. Mais derrière cette communication en apparence bienveillante, la vérité est brutale : aujourd’hui, des enfants souffrent et parfois meurent à l’Aide Sociale à l’Enfance comme ils souffrent et meurent dans leur famille. Le placement, censé être un refuge, se transforme trop souvent en mirage. On arrache des enfants à un danger pour les livrer à un autre.

Le constat est connu, documenté, implacable. Près de 400 000 enfants sont aujourd’hui accompagnés par la protection de l’enfance. Malgré le travail opéré par les départements volontaristes, très souvent de gauche, en charge de cette politique, les moyens manquent et les élus se retrouvent seuls face à la difficulté grandissante de devoir trouver des solutions et construire des parcours pour des jeunes ayant besoin d’un accompagnement sur mesure. L’État abandonne les départements et par conséquent les enfants qu’ils sont censé pouvoir aider, à qui ils souhaitent donner un avenir meilleur.

Nous dénonçons l’investissement trop variable des départements dans cette politique. Car si certains départements dégagent des moyens considérables pour faire face à cet enjeu d’égalité au sein de la République, d’autres délaissent les enfants, notamment ceux gouvernés par la droite. Le scandale révélé par Radio France, de mineurs placés illégalement dans le Nord, victimes de violences physiques et psychologiques, assujettis à du travail forcé, le démontre avec tristesse.

Beaucoup de jeunes bénéficiaires de l’ASE n’ont pas accès aux bilans de santé ou au suivi prévu par la loi. Faute de moyens, faute de personnel, faute de volonté politique. Dans un rapport rendu au printemps, la députée socialiste Isabelle Santiago a formulé 92 recommandations pour corriger les dysfonctionnements d’un système à bout de souffle. Ce rapport parle d’un « impensé de la République » : une protection de l’enfance qui n’existe plus que sur le papier.

La réalité, c’est une crise d’attractivité majeure : des éducateurs débordés, mal rémunérés, qui quittent le métier. Des psychologues inaccessibles. On note parfois six mois d’attente pour emmener un enfant de l’ASE chez le psychologue, alors que l’on connaît l’urgence des situations. Des structures saturées. Et pendant ce temps, l’État se retranche derrière des campagnes de communication et des numéros verts, nécessaires mais largement insuffisants . Les départements alertent depuis des années sur les trop faibles compensations de l’État qui ne suivent pas l’explosion des coûts, aggravée par l’inflation. Ce n’est pas une baisse affichée sur une ligne budgétaire, c’est pire : une asphyxie silencieuse.

Voilà la vérité qu’il faut dire : en France, l’ASE ne sauve pas, ne sauve plus. De trop nombreux enfants souffrent, livrés à eux-mêmes et à des conditions de vie indignes, abandonnés par l’Etat. C’est la marque de l’hypocrisie du gouvernement : donner l’illusion de la protection tout en refusant de financer ce qui pourrait l’assurer réellement. La loi de 2022 sur l’aide sociale à l’enfance proclamait une responsabilité affichée de l’État dans les parcours des enfants placés à l’ASE, pour leur accueil mais aussi le suivi de leur sortie. Qu’en est-il en réalité ? Où est passée la solidarité déclarée ? 

Nous, Jeunes Socialistes, refusons cet abandon. Nous refusons que la protection de l’enfance soit réduite à une affiche publicitaire ou un numéro vert. Nous refusons qu’un signalement devienne une promesse brisée. Nous exigeons un plan d’urgence pour l’ASE : des recrutements massifs d’éducateurs, d’assistants sociaux, de psychologues ; une dotation nationale garantie, indexée sur l’inflation et sur l’hétérogénéité des besoins ; la sanctuarisation de la prévention spécialisée, aujourd’hui en voie d’extinction ; et l’extension de la protection au-delà de 18 ans, parce qu’un enfant fragilisé ne cesse pas d’avoir besoin d’aide le jour de sa majorité.

Un État qui n’assure pas la protection de ses enfants n’est pas seulement défaillant, il est coupable. La République trahit sa promesse la plus fondamentale en sacrifiant ses plus vulnérables.